Voyage initiatique entre deux mondes

Notre vie commence dès notre première cellule et se poursuit par la cellule. Dans la vie on arrive tout seul et on part tout seul. Prendre conscience de soi-même est déjà une première étape à franchir. Prendre conscience de nos peurs, conditionnements, des rails invisibles sur lesquelles nos vies se déroulent, et mensonges à nous-mêmes, nous sortir de la dissonance cognitive, commencer à s’accomplir en tant qu’être. C’est ainsi que j’entrepris ce grand rêve initiatique dans l’avion, pour mon retour en Thaïlande, là où les heures de vol permettent autant de voir les films dont on n’a lu que les chroniques sur le blog d’odieux connard que de faire de l’introspection sur les derniers évènements de sa vie. Pourquoi la Thaïlande ? comme aurait dit une amie qui me connaissait bien : « le changement pour toi cette année, c’est de retourner là où tu es déjà allé ».

Mes premiers périples débutèrent avec la lecture. Et j’ai toujours aimé me perdre dans les forêts, peut être est-ce lié à l’image que j’avais du hameau perdu dans les Vosges de ma grand mère enfant. J’ai commencé à voyager quand j’en ai eu les moyens financiers puis ai eu un métier qui m’a permis de travailler avec d’autres cultures et de voyager également. Et puis, il y a 6 ans, un accident où la vie se suspend, puis un coma… c’était une autre vie déjà. Tellement de choses ont changé, mais c’est une autre histoire. Un peu angoissé de voyager à nouveau seul, je parcourais un peu le Canada (de l’Acadie à l’île de Vancouver) avec un ami belge rencontré au Japon. Et puis j’ai repris des études en parallèle de mon travail, la personne qui m’a demandé de la suivre pour créer une nouvelle activité s’est suicidée, la personne avec qui j’ai repris des études a eu un AVC. Alors, un grand besoin de respirer. Je suis amoureux de l’Asie je crois. J’avais une image négative de la Thaïlande et un grand baroudeur de mes connaissances m’a convaincu d’y aller l’an passé. J’ai commencé à correspondre avec un expatrié sur un forum de voyage qui m’a aidé dans l’organisation de mon premier périple autour de Chiang Mai, que je débutais avec le coloré et animé marché du dimanche, puis j’allais trekker quelques jours dans la jungle du côté de Mae Sariang, et passais du temps dans un centre pour éléphants maltraités entre autres…

Le bracelet que j’avais reçu à Doi Suthep se brisa dans l’avion, une bonne occasion pour retourner dans ce temple. Arrivé à Chiang Mai, j’essayais un autre hôtel conseillé par mon correspondant. Là s’arrête ce qui était prévu, j’ai préparé plusieurs circuits que j’aurais pu faire sur place le temps imparti, suite à mes lectures, mais au final, mon voyage s’est déroulé bien autrement. Le voyage, temps de rencontre avec autrui et soi même. En lisant le Books à la thématique Hitler intime : ce dernier avait toujours trouvé de fausses excuses pour refuser les invitations des membres du parti national socialiste à visiter l’Argentine. La peur du voyage… tout voyage n’est-il pas voyage intérieur également?

Voyager pour voir à quel point l’homme est insignifiant sur ce vaste monde, et à quel point ce que nous considérons bien souvent comme naturel ne l’est absolument pas. Ici une culture héritée pour des raisons religieuses sur l’empathie et le fort protégeant le faible, là une autre où le faible doit connaitre sa place et faire attention de ne pas être blessé par le fort. Ici des toilettes et du papier, là un jet d’eau. Ici des complexes sur le corps et la sexualité, là, pas de chape de plomb religieuse ayant conduit à un corps tabou. Ici un pays développé que tout le monde envie mais qui consomme tellement d’antidépresseurs…. Là un pauvre pays où le sourire est sur tous les visages…. et parfois derrière les apparences… Et puis on peut penser à prendre des probiotiques de voyage, car si la vie commence avec la cellule, il y a plus de matériel génétique qui n’est pas « nous » dans notre corps, la vie est un flux, une interaction permanente de cellules. Manger : communier avec la vie. Ces 2 kgs de bactérie dans  notre ventre, une interface avec le monde extérieur qui devient notre monde intérieur et aura un lien extrêmement fort avec le fonctionnement de notre cerveau. Ici le cerveau est le siège de l’âme, là le ventre est le siège de l’âme.

En allant à Doi Suthep, après avoir été en français, aspergé « d’eau bénie », ce fut comme un koan, une révélation. L’eau fut jetée si violemment au visage, qu’en train de méditer face au Bouddha, mon cœur vert a bougé. L’an dernier c’était après 3 jours dans la jungle à trekker, là le lendemain de l’arrivée dans un temple, une terrible douleur dans la poitrine, respirer, laisser couler, c’est cela le pire, avoir conscience de ce qui ne va pas et avoir une sorte de trou noir dans la poitrine, et alors que tout changement sera positif, il sera vécu douloureusement, tellement notre mal est imprimé en nous…

En sortant du vieux Chiang Mai et ses temples, on retombe sur une petite ville d’Asie, où il n’y a plus autant de touristes. Sorti initialement voir des arbres aux fleurs rouges le long d’un canal, j’en ai profité pour manger dans un restaurant végétarien, encore tout désynchronisé du fait du décalage horaire. La différence de chaleur. 40°. On imagine mal parfois comment on apprécie différemment les choses : une soupe, un « lime shake », par ce temps.

Là, pas de touriste, le rapport aux personnes change, on me balade en scooter, on parle de ci de ça.

Arrivé à Pai. Une ville majoritairement composée de farang, dont une partie ne travaille pas et pourtant a les moyens de voyager luxueusement…. Une allemande ayant passé une année d’études en France en année sabbatique, et prête à retourner en Allemagne dégoutée tant de l’enseignement français, du système d’évaluation que du monde du travail français, me décrocha toutefois la mâchoire (et pas à cause de ses boucles blondes et formes voluptueuses) : Pai sa ville préférée en Thaïlande. It’s real.

Les avis sont très contrastés sur cette ville, je ne m’y suis pas attardé, la « décontraction » affichée me paraissait très factice, je ne sais pas si il existe un mot, mais le « look » vestimentaire « cool » est lui-même en réalité extrêmement recherché. Mais en fait tout est vrai partout, nous avons juste nos préférences entre beaucoup d’humains ou peu, la ville ou la campagne, le type de bouffe, le climat… il y a des gens biens partout, comme des mauvaises personnes. Je dois être sauvage. Mais pourquoi aller ailleurs pour rechercher comme chez soi ?

Un petit accident de scooter qui n’avait pas de frein, et qui me fit craindre pour la suite du périple au vu de l’état de mon genou bien enflé et douloureux, m’a permis d’ouvrir les yeux sur le nombre de blessés au mètre carré qu’il y avait dans la ville. En googlant cela, il est apparu que la Thaïlande était le deuxième pays avec le plus d’accidents de la route pour des étrangers. J’avais failli perdre un pied il y a deux ans au Cambodge lorsqu’une moto avait percuté notre tuk tuk dans l’arrière pays, pas trop loin des conflits militaires avec la Thailande…

L’absence de règles, qui peut ressembler au chaos pour un spectateur habitué à des sociétés ou tout est régulé par une instance supérieure, une fois que l’on s’y est adapté, on se rend compte que les personnes sont plutôt responsables, et cela oblige également à faire attention. J’ai eu l’occasion de faire un stage de conduite avant de partir, et concernant les accidents dans nos pays, les formateurs m’ont fait prendre conscience qu’on avait ces dernières années eu une révolution automobile avec les correcteurs de trajectoire embarqué, les systèmes de freinage… et qu’au final c’était probablement la première raison de l’évolution positive concernant les accidents de la route. L’autre point qui m’est apparu, c’est que c’était la première fois où j’apprenais à freiner, ce qui tout de même peut sembler étonnant vu le nombre d’heures qu’on passe dans une auto école….

 

Quatre jours pour arriver à Cave Lodge, huttes perdues dans la jungle, au nord de Soppong, ville elle-même se résumant à quelques magasins et maisons le long d’une route ou s’arrêtent des « cars à locaux », et voir le bout du monde disparaitre. Ancien bout du monde dans la jungle proche de la frontière. Mais quel avenir pour ces villages et styles de vie. Loin des habits folkloriques visibles dans les grands sites touristiques, quelle réalité ici ? Comment sera la vie d’ici 30 ans dans cet univers anciennement clos qui confronté au monde a nécessairement changé. Et puis, le temps d’une génération s’est déjà écoulé entre le moment où toutes ces personnes ont quitté la Birmanie pour s’établir en ces terres.

L’accueil est nonchalant, en fait je suis accueilli par Marcus un autre résident, expatrié, qui passe du temps quand il le peut ici, travaillant le matin et préparant son marathon de l’extrême dans la jungle le reste du temps. Il m’a aidé à organiser quelques excursions par moi même, c’est la saison chaude, moins de touristes, pas de personnes pour trekker c’est la saison des caves, la région en est truffée, avec certaines remplies avec des tombeaux datant d’une époque fort reculée de notre humanité.

Une petite journée, à marcher au milieu de champs, de petites formations comme à YangShuo où à Halong et des caves fort différentes. Des buffles se baladant tranquillement, des personnes dans les endroits les plus reculés et insoupçonnés, et une demi heure à regarder une espèce de fourmis géante, avec une grosse tête et grosses mandibules se faire attaqué par une horde de petites fourmis noires. Chaos et auto-organisation.

Des espèces différentes de celle qu’il y a à ma hutte pour dormir, les fourmis rouges qui en 3 jours ont nettoyé un cadavre d’animal, les petites noires qui vivent dans la cuvette des toilettes.

Une journée à explorer des caves avec un guide et un autre français qui se prépare à quitter notre douce France, nous ne partageons pas l’analyse sur notre pays, mais le résultat est le même, il étouffe des castes et de l’immobilisme. On tombe sur un scorpion, il faut toujours faire attention et éviter d’être seul dans certains endroits. Le mantra de l’explorateur de grottes à Cave Lodge : de l’eau, de la lumière et des amis ! Ces dernières années je rencontre de plus en plus d’expatriés français dans mes voyages et correspondances, d’ailleurs c’est l’objectif d’une part grandissante des jeunes diplômés de grandes écoles avec lesquels je discute au boulot. Certains sont étouffés par ce système de caste, ou ce ne n’est pas la valeur qui prime, d’autres qui ont l’impression que tout est interdit dans le pays pour ceux qui veulent entreprendre, et parfois certains qui jouent le double jeu, travailler le plus possible au noir dans l’année, s’arranger pour pouvoir bénéficier du système « gratuit » de soins, et voyager le reste du temps. Parfois je me dis que la société que je perçois aujourd’hui, c’est un peu comme la transformation de ma vie, je vois ce qu’il en est aujourd’hui, je vois ce qu’il pourrait en être demain, il y a la phase de transition à gérer. Parfois cela prend du temps.

Je vais devoir par ailleurs annuler mon excursion au parc national de Khao Yai, voyager seul a bien des avantages, la liberté, faire des rencontres plus facilement, et à son lot d’inconforts également : en cas de problème, ou pour faire des activités qui représenteront financièrement un investissement plus accessible en le partageant.

Concernant la solitude on en revient à la question initiale : dans le monde, on arrive seul et on part seul. Entre temps on fait de belles rencontres. Et comme dit le dicton : mille lis de distance ne sont rien à ceux qui doivent se rencontrer, même face à face, pas de rencontre sans la destinée. Et notre solitude est-elle culturelle ? sommes-nous jamais seuls ou toujours seuls ? cela me fait penser à cet échange philosophique dans la comédie musicale Joe’s appartment, entre Joe et les cafards qui vivent dans son appartement, ou inversement, sur la notion d’intimité, est-on jamais seul ? Question d’autant plus pertinente que les technologies modernes ont montré que cela n’était en rien un problème de moyen. Bien entendu peut se poser la question en terme de choix, fait on le choix d’être seul ? L’esseulement peut se ressentir au plus fort dans des lieux de sociabilisation et pas du tout quand l’on se reconnecte à soi même dans la nature, paradoxalement en étant seul. Néanmoins, quand je fais le choix de sortir dans la grande mégalopole qu’est Paris, il est rare que je fasse des rencontres, alors que dans d’autres cultures, ou dans certains endroits où la densité de population est moindre les rapports sociaux sont changés… à moins que le fait qu’il y ait moins de contact nous insensibilise moins et ne nous fasse moins nous sentir seul, après tout, prendre les transports en commun à Paris peut être vécu comme une forme d’agression.

Je remonte plein nord la jungle, proche frontière vers un village Karen. Les plans dessinés valent ce qu’ils valent ce qui est sûr c’est que personne en Asie n’a la moindre notion temporelle, 3h00 qu’ils disaient, j’ai plutôt l’habitude de marcher, et au bout de 3h00 j’étais encore au milieu de nulle part… le sac à dos se fait sentir, 3 litres d’eau, un reflex et 3 optiques, un 8 mm pour capter l’immensité, un 18-35mm qui ouvre à 1,4 pour le photoreportage en basse lumière, et le 100 mm macro pour la macro et les portraits sans déranger.

Je retrouve ces arbres à fleur rouge, personne ne sait comment ils s’appellent.

Après une longue marche, je plaisante avec 3 jeunes femmes qui tissent, les grands parents sont dans une hutte derrière, le chien à l’ombre. Invitation à boire le thé, les hôtes gênés que la tasse soit trop noire, c’est juste la teinture du thé après toutes ces années, ce n’est rien. Ils sont allés chercher un jeune qui a 17 ans et parlant anglais. Je fais partie de la famille, je suis intégré, mes photos les font rire. On me demande comment je suis venu, je réponds à pied, on me fait des grands yeux, mais d’où ? haha, je demande à mon jeune ami de me conduire à un endroit indiqué par Marcus, il me rétorque tu es sûr ? cela devait être à côté, mais visiblement non… il va prendre son scooter et direction la jungle, le scooter passant à gué plusieurs rivières, des chemins de terre et passerelles en bois sur du vide… là des hommes armés. Ici des personnes qui brûlent la jungle pour en faire des terres cultivables.

On marche, c’est l’entrée d’une grotte. Mon mètre 90 et 80 kgs sont trop épais, les 3 premiers mètres me font maudire Marcus à faire le serpent dans la gadoue. Et puis, on est debout, une magnifique grotte, longue de plusieurs kilomètres, dont des gouttes d’eau perlent des murs et lui donnent un aspect étonnant. Des chauves souris.

Je demande à mon compagnon de route si il peut me ramener, une tempête approche. Il n’y a qu’une route qui mène à ce village, je suis juste après, il ne connait pas, je suis surpris compte tenu qu’il y a une seule route qu’il faut prendre pour aller au marché hebdomadaire de Soppong où toutes les tribus vont. Il me demande mon fb… oui nous sommes au fond de la jungle, le courant est coupé régulièrement plusieurs heures par jour (et compte tenu du prix de l’électricité vous verrez des équipements basse consommation partout). Quand je suis arrivé, un arbre était tombé sur les fils électriques par exemple, l’on vit dans des huttes au confort somme toute précaire, et les personnes possèdent un mix tablette smartphone, avec la 4G, car je les ai vu faire des visio pour s’appeler. Je suis gêné, en voyage je coupe mon compte facebook pour me détoxer, même si je prends mon netbook pour pouvoir préparer mes prochains mouvements, wifi is everywhere. Je suis mis au goût du jour des applis sur les smartphones, la plupart je ne les connaissais pas… Je lui demande si je peux le dédommager pour l’essence, il est gêné, me demande une somme dérisoire, je lui donne un peu plus connaissant les prix et en lui disant de boire à ma santé.

Décidemment j’aime bien les villages Karen, l’année dernière j’étais le white spiritual doctor, comme j’avais guéris quelqu’un avec mes mains, et que je pratique une forme de soins très sereine, on doit avoir l’air « connecté ». Dans ce village j’avais joué au volley ball du coin, avec une balle en osier et des règles qui n’autorisent que les pieds et non les mains. Au petit matin un jeune marié m’interpella et nous « discutâmes » bien 20 minutes, sans que l’un ni l’autre ne connaissions nos langues respectives. Ce qui est amusant, c’est que sa femme est venu lui tirer les oreilles car il avait des tâches à faire, et il lui a dit, femme tu vois bien que je discute avec mon ami. Bien entendu je n’ai aucune idée de qu’ils se sont dits, mais c’est ce que j’ai compris de la situation, qui sait ? on me proposa une brochette de rat fumé à goûter également, mais je n’y goutai pas, on me dit ne t’inquiète pas, ce n’est pas comme en ville, les rats sont sains ici.

Quand j’ai arrêté d’être en colère contre moi-même, mais on est toujours au final en colère contre soi même, ma vie a changé. En voyage, je vois parfois des personnes qui se plaignent, là où je ne vois que de belles rencontres. On n’attire pas ce que l’on veut mais ce que l’on est. Néanmoins il faut rester lucide par rapport à son environnement et aux règles du jeu et de savoir vivre de chaque endroit. Cela peut être de ne pas photographier des personnes armées… ou de s’enquérir des règles locales, par exemple, ici, ceux qui s’enrichissent du trafic de la drogue, vivant sans retenu, en s’achetant motos neuves, vêtements, filles, savent que les militaires quand ils bougent, tirent d’abord, dans la tête, et posent des questions après.

Un matin, deux expatriés américains en Thailande depuis de nombreuses années venus avec leurs femmes et enfants, en sachant qu’ils n’auront pas la citoyenneté Thailandaise, m’expliquait qu’avant ils gagnaient beaucoup et dépensaient beaucoup pour vivre, et que maintenant ils gagnaient moins et dépensaient nettement moins pour vivre. Mon correspondant avait placé le débat sur un autre niveau, il m’a dit : depuis que je suis ici, je me sens vivre. Se sentir vivre, une belle formulation, qui prend tout son sens lorsque l’on rentre chez « soi » et que tout un tas de choses nous saute à la figure.

Nous sommes allés à la recherche d’un gouffre muni de quelques indications. Malheureusement ou heureusement, la carte dessinée imparfaite, les repères pour certains comme des champs brûlés entre temps, ont rendu le parcours en lui-même initiatique. 1h30 de prévu pour y aller à pied. Une heure de moto, puis 1h30 de marche, il vaut mieux avoir des amis effectivement. De l’eau et de l’éclairage. Ils trouvent un sac d’os, plutôt récent, la région est isolée… Des mouches ont investi nos sacs que nous avions laissé ici. Ha non, c’est une espèce d’abeilles lilliputiennes. Heureusement que nous avons fait des marques pour nous repérer pour le retour.

L’eau. Des litres et des litres par cette chaleur…

Aurais-je pu repartir faire autre chose aujourd’hui ? oui. Mais à chaque jour suffit sa peine.

Voyager : un moyen de se confronter à soi même et d’apprendre à vivre, à savourer le moment, à ne pas être dans cette course insensée, en faire plus ne veut pas dire que c’est mieux ou que l’on sera plus heureux. D’un point de vue du sens : la formulation « j’ai fait ce pays » est très révélatrice… Il me semble que l’on peut voyager, parcourir un peu ou beaucoup un pays, voire s’en imprégner, mais le faire…. Voilà.

Un autre jour, un autre lieu, je suis du côté de Mae Lana, le petit ami d’une des femmes qui travaille à Cave Lodge m’a amené là bas. On a passé moult checkpoint militaires, on est proche de la Birmanie, en ce moment c’est tendu avec le trafic de drogue. Je suis invité au karaoké d’une petite famille dans un village Lahu. Ils veulent tous faire des photos avec moi pour poster sur leur réseau social préféré.

Diner avec la matrone, superbe cuisine chez l’habitant, nuit en s’endormant avec le bruit de ces oiseaux dont on irait qu’ils font le chant des grenouilles et lever avec le woop des gibbons. La jungle a reculé il faut aller là où il y a peu d’hommes pour les entendre. Une semaine que je suis dans la jungle mais je ne les entends que maintenant. C’est une expérience assez émouvante, moi qui n’aime pas les singes en général. Ma rencontre avec les éléphants ne m’avait pas touché, les baleines sur l’île de Vancouver m’avait ému profondément, mais ce réveil est unique il faut le reconnaitre, et ce cri particulier réveille quelque chose de profond en moi.

Après avoir traversé un pont de singe large de 3 bambous, rencontré deux femmes avec leur très jeune bambin : direction l’inconnu et au delà ! on traverse une rizière où s’ébattent chevaux, buffalos et vaches. Haute voltige sur un canal en béton, puis se cache au fond de la vallée un chemin qui escalade la montagne, de l’autre côté de la montagne au bout d’un moment on ne suit plus de sentier, au bout d’un moment, le doute du retour m’assaille, je les quitte, et la marche du retour seul, est plus incertaine… on ne sait plus trop de quel côté on est ici. Et bien entendu personne ne parle anglais, ni thaï par endroit.

Pour la première fois de ma vie j’ai vu un moth, dans ma chambre, moi qui savoure leur photo sur les sites de photographie de nature, j’étais servi, quoique se faire réveiller dans la nuit par un moth qui se pose sur votre visage, et bien justement ça réveille !

La nuit noire, et tous ces bruits et à la fois, le calme en un sens, et la chaleur. Et une douche d’eau froide qui n’est pas si froide en journée, qui vient apaiser tout l’organisme. Et puis un massage, 200 baths, mes pieds, mon genou et mon corps ne seraient pas contre, puis un curry ou un pad thai, ou même décadence totale un burger au milieu de nulle part. Ou autre chose, la lumière vient de s’éteindre, les étoiles brillent, un générateur de secours vient de se lancer, la vie trouve toujours un chemin.

Le mardi, c’est jour de marché tribal, l’occasion derencontrerkaren, lahu noir et rouge, lizu…. partout, cela commence au petit matin, bon en fait tout commence au petit matin, c’est juste qu’en général je commençais mes journées entre 7 et 8h00. Mais si l’on veut voir les moines faire l’aumône de nourriture ou aller au marché, mieux vaut partir aux aurores. Et puis compte tenu de la température, comme aurait dit Gautier il me semble dans son voyage en Espagne, on reconnait le français à ce qu’il déambule sous le cagnard à l’heure de la sieste, mais il serait plus intelligent de suivre le rythme local qui suit les cycles naturels.

Pour peu que l’on soit ouvert, on peut « parler » au marché, on échange avec les mains, je leur montre des photos, je partage un bout de repas de ci de là. 30 baths pour un bon plat au wok ou en soupe et partager un bon moment si vous le désirez, et pour 100 baths sur Paris vous n’aurez pas un café, même pas un café s’il vous plait, et encore moins un café avec le sourire…

Et puis ici, si vous oubliez n’importe quoi, malgré ce que cela pourrait représenter financièrement, personne ne pensera à vous voler, on courra même dans la rue pour vous retrouver et vous rendre votre bien.

Avant de remonter à Taton, je repasse par Chiang Mai où je peux enfin rencontrer de visu mon correspondant qui a fait le voyage jusque là. Etant le seul farang qui prenne ce bus on me donne la meilleure place. Contrairement à ce que l’on peut lire les bus sont spacieux ici, par rapport à la leur taille et par rapport à la mienne. Un moine est au fond du bus. C’est la première personne que je croise avec ce regard aussi intense, et cette aura. Il descendra avant moi, les plus puissants souvenirs ne sont pas en photo mais en nous.

Après avoir cherché un endroit où loger, ayant ma petite idée, je me fais conduire à un temple dans la montagne et prend mon après midi pour rentrer tranquillement en marchant. Je tombe sur des ruches géantes sur le flanc même d’un bouddha géant. C’est impressionnant. Je visite un stupa musée, et l’escalier circulaire central est un dragon, ce qui rend l’architecture surprenante.

Je passe la fin d’après midi en étant assis avec deux mamies qui pêchent à l’ombre et en écoutant leur conversation dont je ne comprends pas un mot, puis je partage un verre à une petite fête de famille dans un bar sur le fleuve. Ils veulent me saouler avec leur whisky, ils me donnent un bon fond d’un verre sec, alors qu’ils s’en servent parcimonieusement avec beaucoup d’eau et de glace. Ce n’est que du rhum, ils ne supportent pas l’alcool ici, alors ils sont surpris de me voir boire cela comme du petit lait. Mais bon, j’aurais préféré mon lime shake.

Le soir après mon dîner dans un restaurant ambiance fifties américaines, je m’abrite sur le retour à cause de la pluie. Une seule boutique d’ouverte avec de la lumière. Comme dit le dicton, si ça a l’air d’un lupanar, que cela à l’odeur et que cela a la couleur cela en est probablement un. On pourrait m’objecter que ce n’était qu’un salon de coiffure ouvert au milieu de la nuit et faisant karaoke avec un militaire gradé faisant la fête avec des filles et de l’alcool. Soit.

En réalité je ne vous ai pas tout dit, car si il y a une fête du nouvel an bouddhique, une fête de l’eau avec Songkran, il y a une autre fête avec les premières pluies de la saison. La ville était noire d’insectes. De nombreuses fourmis reines énormes sorties pour être fécondées, et plein d’autres insectes, une nuée. Je vois deux femmes courir avec une bouteille en rigolant et sous les quelques lumières ramasser des insectes fatigués à terre. Je leur mime si elles les prennent pour pêcher. Elles rigolent et me miment que c’est pour manger… et effectivement mes hôtes le lendemain me proposeront un wok d’insectes pour goûter. Ils mangent cela à la petite cuillère. Bon, sincèrement, une fois frit à l’huile au wok, il n’y a plus rien à manger que la chitine, et cela a juste le goût de grillé. Je n’ai goûté aux coléoptères…

 

Mais le plus surprenant de l’histoire, ce fut ce bruit sourd suivi de ce sentiment de malaise où tout bouge. Tremblement de terre de 6,3 sur l’échelle de Richter. Heureusement il ne fit pas trop de victimes. Mais à un jour près la route que je pris pour venir ici n’existait plus, ce n’était qu’une faille béante. Le temple blanc à Chiang Rai a été touché et fermé à la visite. Quasi synchronicité avec le décès de Giger. Mais nous y reviendrons.

J’ai un guide karen qui me balade une journée dans le coin, tant dans les rizières que dans ce qu’il reste de jungle. On parcourt quelques villages, mangeons du miel sauvage, puis petit repas dans une hutte où le proprio fume du tabac avec une sorte de bang en bambou. Réflexion sur l’évolution du rapport à la nature, les personnes ici balançant tout comme le plastique dans la jungle n’ayant pas compris que cela ne se recyclait pas tout seul. Et réflexion sur le sens des choses, à toujours recontextualiser. Là on dit : ha, la population des tigres recule… Là l’on se demande si on va passer la nuit avec les tigres qui rodent et qui croquent. Habitant en proche forêt de Montmorency, où je rôde depuis bien des années, je me dis toujours que Rousseau a écrit ses idées car il n’avait aucune idée de ce qu’était la nature…

Les canalisations d’eau sont explosées avec le tremblement de terre…. mais personne pour remplacer cela. Car cela a été installé et c’est tout. Avant de partir j’ai discuté avec la responsable d’un fond d’investissement qui travaillait sur des projets d’eau et d’énergie dans des situations précaires au niveau international. Il y a autant d’aspects techniques que de business model. Par exemple dans certains endroits, il y a un mixte autoconsommation, stockage, et réseau distribué, avec achat de crédit énergie via smartphone comme on ferait chez nous pour les télécoms. Le technicien lui aussi travaille via avec un smartphone, prenant des photos et recevant des instructions sur quoi faire si il ne sait pas. Et bien ici, au milieu de rien, je me suis dit, quelle formidable révolution que les imprimantes 3D. Que les installations soient en open source ou non, ou sous forme de contrat de maintenance de la société qui aura fait l’investissement, j’imaginais les personnes imprimer les pièces cassées par le séisme. Si on ajoute à cela les MOOC, la possibilité de s’instruire et partager les connaissances en ligne, en fait on imagine probablement mal les évolutions sociétales permises demain grâce aux évolutions technologiques. Je me demande également à quel point l’accroissement de la population n’a pas été un formidable catalyseur d’évolution, en effet, nous avons probablement avancé plus vite grâce à toutes les hypothèses que nous avons pu tester en parallèle… si cela se trouve, d’ici 30 ans, avec les smartphones, on pourra faire son diagnostic médical via son téléphone et une IA médicale, imprimer en 3D des plâtres, et avoir des robots pour assister certaines opérations ou des google glass pour aider ou former les médecins dans les hôpitaux les plus reculés si besoin, après tout on en voit déjà les prémisses, et il faudra bien encore une génération pour que ces pratiques commencent à émerger.

Le dernier village qu’on me fit visiter était un village à touriste, je m’en amusais, et je leur demandais pourquoi m’as-tu amené ici ? petit sourire gêné. -Demain c’est mardi, où est le marché tribal ? -tu connais le marché tribal ?

Et le lendemain peu après les premières lueurs du soleil j’avais un nouvel ami qui venait me chercher en moto pour me conduire au marché du coin, puis prendre un thé chez lui, discuter de l’évolution de leur style de vie, de sa réflexion de sensibiliser les autres membres du conseil à l’écotourisme et au développement responsable, d’autant plus qu’ils étaient animistes et avaient un lien particulier avec leur environnement.

Pour lui le tremblement de terre était l’expression que leur évolution n’était pas bonne et qu’il fallait la revoir. Il proposait de m’héberger un mois dans sa hutte si je revenais dans le coin.

A côté de cela d’autres ethnies, d’autres mœurs… je connais peu au final ce monde n’y ayant pas passé suffisamment de temps, mais un malaise était présent en moi en visitant certaines ethnies, et en discutant avec quelqu’un présent sur place depuis une vingtaine d’année à faire du mécénat, le même sentiment l’étreignait. Certains se laissaient porter par l’assistanat et étaient toujours dans la même misère là ou d’autres cultures arrivées au même moment avec les mêmes conditions avaient pris leur vie en main et avaient amélioré leur condition, du moins celles de leurs enfants et petits enfants par eux mêmes. D’ailleurs on pouvait assister à du prosélytisme religieux extrêmement marqué dans ces mêmes villages avec de fortes subventions étrangères… j’aurais dû faire guru, cela aurait été plus rentable comme activité, avec ma figure christique, dans certains endroits en Asie on m’accueille étrangement…

en tout cas c’est là où je remercie nos ancêtres, notre héritage qui nous permet d’avoir nos conditions de vie actuelles. Car même extrêmement travailleur, comme j’ai rarement vu, on voit les limites de résultat sans l’innovation technologique qui a permis un accroissement considérable de richesses, pour tous au final. Quand on se dit que certains expliquaient qu’on avait atteint la fin des ressources à 600 millions d’âmes il y a plus d’un siècle, puis on nous a prédit la même chose après la seconde guerre mondiale, jusqu’à 7 milliards d’individus. Et c’est là où il faudra probablement s’interroger sur la partie immergée de l’iceberg, sur ce qu’on ne voit pas du monde et qui fait qu’on le comprend mal. Beaucoup de personnes convaincues du « bien » ont des utopies, qui nous rappellent ce vieux dicton, le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions. C’est oublier que l’utopie est un lieu qui n’existe pas, et avoir une vision absolutiste du monde est dangereux. Le monde ne sera pas un endroit figé et « parfait », nous ne sommes ni des machines, ni limité aux choix restreints d’un roman de Barjavel, avec des cerveaux qui dominent des brutes et des vaches. La vie est un système dynamique en constante évolution, complexification et maintenant son homéostasie.

« Notre terre n’est plus reconnaissable. Toute plate, toute tiède, elle n’offrirait aucun attrait au touriste. Mais il n’y a plus de touriste au Me siècle, plus d’oisif, plus d’homme qui profite égoïstement du travail des autres et passe son temps à son plaisir. Chacun travaille pour tous, et tous travaillent pour chacun sur ou sous un sol dépourvu de pittoresque. Plus d’orages, plus de cascades, plus de montagnes altières, plus de coteaux modérés. La plaine partout. Le soleil toujours. »

Après avoir récupéré l’adresse d’une guesthouse à 150 baths la nuit à Chiang Rai, je pris le bateau pour redescendre le fleuve. Jour de chance, se présenta deux couples ce jour-ci, alors que cela faisait plusieurs jours que le bateau ne partait pas, et cela m’évita de devoir privatiser le bateau. Je me sentis l’âme du chasseur, le bateau allant parfois suffisamment vite pour que je photographie à l’instinct sans que ce que je vois arrive au seuil de ma conscience, mais les photos étaient réussies après coup, j’avais bien entendu adapté la vitesse d’obturation de mon boitier.

Là ce fut vraiment amusant, car je tombais sur un couple de Canadiens, dont je connaissais le blog de voyage, et qui faisait le tour du monde avant de venir s’installer à Londres, le courant passa instantanément et nous nous reverrons probablement quand ils seront en Europe. Par le même bateau arriva dans la même guesthouse une jeune française au parcours aussi chaotique que le mien. Nous passâmes une journée ensemble, et franchement, après tout ce temps, malgré les rencontres, partager une journée en français, en se racontant nos parcours et en partant à l’aventure, ce fut plus que rafraichissant… marché local de jour, temples, fameux temple blanc, que nous pûmes admirer de façon unique puisque la flèche avait dévié du tremblement de terre…. d’ailleurs ce Wat Rong Khun est vraiment intéressant à de multiples points de vue, car toujours en construction, ce temple blanc symbolisant la pureté du bouddhisme et censé représenter la vision du Paradis bouddhiste, possède cette fameuse esthétique thaï tant reconnaissable, mais en ayant intégré les éléments de la culture pop mondialisée, comme l’Alien de Giger, ou prédator… En Thaïlande, les temples sont encore vivaces, puisqu’on peut admirer des constructions un peu partout dans le pays là où des personnes vivent. Celui qui m’a le plus étonné dans son intégration d’autres référentiels culturels, était proche de Mae Salong, en haut d’une montagne donnant sur la Birmanie, c’était une sorte d’Eglise, avec des vitraux du Bouddha. J’allais photographier un combat de coq cette journée, un bus scolaire nous prit pour le retour à la ville et nous payâmes notre place comme dans un bus classique, avant de manger au marché, visiter un temple et aller visiter la fameuse black house, ou maison du chasseur, un des bâtiments les plus étranges qu’il m’est été donné de voir avec une véritable atmosphère…. terminer la journée par le pendant du templeblanc était agréable. Au marché de nuit : spectacle musical (un peu kitsch il faut le reconnaitre) et fondue locale. Insectes grillés pour les gourmands en option.

Je louais une voiture avec chauffeur pour une journée. C’est parfois là où c’est intéressant d’aller dans un endroit par recommandation, et d’y rester quelques jours, les personnes vous aident à préparer votre périple sous peine que vous parliez anglais, et cela permet de substantielles économies, les prix pouvant varier du simple au triple.

Je voulais aller de par mes lectures, là où les agences de voyages et chauffeurs me disaient mais il n’y a rien ici. Quand on voyage, il y a les endroits que visitent les locaux, les endroits que visitent les étrangers, parfois ce sont les mêmes, et quelques endroits perdus.

Nous arrivâmes dans cette montagne ou le temple était caché dans la forêt. En fait il y avait de nombreux bâtiments. La légende raconte une belle histoire. Un champion de boxe, militaire de son état, abandonna et fit une retraite, ayant une vision dans un rêve, il alla s’installer dans une montagne stratégique par rapport au trafic de drogue, et qui avait une réputation d’être hantée. Le baron local essaya de le déloger mais rien n’y fit. Il gagna le respect des paysans, puis plus tard le baron de la drogue s’exila en Birmanie suite à des négociations avec l’Etat thaïlandais. Un local gagna à la loterie, et fit un don au saint homme : un cheval, un de ces petits chevaux comme en Mongolie. Depuis, dans ce temple, on peut voir un élevage de chevaux, et des rings de boxes. Oui car ce temple est un temple de moines à dos de chevaux et combattants, c’est leur voie, leur manière de travailler sur eux-mêmes pour s’accomplir en tant que personne. Si j’ai bien compris, le message non orthodoxe bouddhique que prêche notre saint homme est le suivant : Le combat est la voie du Bouddha, car lorsque l’on se bat, on doit dominer toutes ses passions, être au delà des pulsions, être dans un état de calme absolu. Si on se fait dominer cela se termine mal.

Autant les palefreniers et boxeurs étaient ouverts au dialogue, autant les jeunes moines cavaliers étaient fiers et ne voulaient être photographiés. Je réussis à en prendre un au galop, puis, il joua à cache-cache dans un petit bout de la montagne, comprenant le dédale de chemin, je finis par le surprendre encore deux fois dont une en courant sur un chemin parallèle au sien. C’est parfois physique la photographie.

Après cela direction les plantations de thé et dégustation de thé, dans une région habitée par des chinois ayant fui Mao en son temps et importé leur culture. Visite d’un village Lahu. Accueil pas très chaleureux, puis je vis deux grands mères avec leur fardeau de petit bois sur le dos. Elles me firent penser à ma grand mère. Là elles me donnèrent des fruits qu’elles avaient ramené des bois. Puis nous allâmes dans leurs deux huttes en bois. Mon chauffeur parlait un peu leur dialecte. C’était deux belles sœurs. Nous passâmes deux heures à échanger comme nous pouvions. Il y avait 4 petits enfants dans l’une des huttes. Ce qui me frappa, c’est qu’au milieu de ce dénuement, des huttes en bois au confort très spartiate, un boudin en caoutchouc au soleil pour faire chauffer l’eau pour la douche du plus jeune, et bien, il y avait une très vieille télévision cathodique, à l’écran minuscule, où les jeunes regardaient les Xmen. Il me semble que dans les rapports de wikileaks, il y avait des câbles sur l’impact des séries américaines dans nombre de pays. Au final, c’est probablement le « mème » le plus puissant.

Après cette phase, tout le monde voulait m’inviter dans sa hutte, et une mère voulut me marier à sa fille qui avait terminé ses études et allait partir travailler dans la grande ville.

Concernant la grande ville, Bangkok, j’ai eu l’impression que tout le monde avait de la famille là-bas. Par rapport à la couverture qu’il put y avoir sur le « coup d’état » et couvre feu, on me montra sur facebook et tweeter, des selfies avec les militaires ou des photos du soldat le plus sexy. On me dit également que c’était culturel et que cela arrivait toutes les x années…

J’ai appris le décès de Gary Becker durant ce voyage il était l’auteur du capital humain. Sans le connaitre j’étais arrivé dans mon cheminement personnel, à ce point où toutes les expériences de ma vie résonnent et font de moi une meilleure personne. Il me semble avoir fait de meilleures photos durant ce périple, car j’ai progressé sur de nombreux domaines ces dernières années, et chaque part de moi enrichit les autres. Il y a une maxime qui dit : le yoga c’est l’art d’accepter les conséquences de devenir soi même. Au final, plus qu’un capital humain, nous nous réalisons en tant qu’être.

J’aurais probablement d’autres péripéties à narrer… ce fut un voyage intense, dur par bien des aspects. Et pourtant riche. Le retour en France fut difficile, la réadaptation est toujours compliquée.

Je garde de ce voyage un goût intense pour la vie. Un détachement par rapport à tout un tas de choses du quotidien qui au final n’ont aucune importance, et qui rappellent que l’on a peut-être appris pas mal de choses à l’école sauf ce qui est important ; apprendre à vivre. Nous ne sommes pas des machines, notre corps et notre esprit ne sont pas en guerre, chaque moment que nous vivons est à apprécier. Le fameux ici et maintenant, ne pas vivre dans le passé ni dans l’avenir. Respirer, et se sentir vivre.

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