Noël & rites

Récemment j’ai vu beaucoup de passions à cause de la nature religieuse de nos fêtes… J’ai trouvé regrettable qu’on oublie la nature païenne, c’est à dire paysanne de toutes les fêtes. Une fête est l’expression d’une grande joie. Souvent les fêtes étaient liées à un calendrier lunaire ou solaire.

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur les habitants du sombre pays, une lumière a resplendi. En fait, auparavant Noël était le jour de la naissance de Mithra, fête du solstice symbolisant le retour du Soleil invincible (et le début des fêtes renversant l’ordre établi, les Saturnales). D’ailleurs le jour de la naissance du Christ était considéré comme impie et non fêté avant qu’il soit décidé la substitution avec l’autre culte.

Le solstice signifie étymologiquement la pause du soleil. Des peurs anciennes sont ancrées en nous, peur de la nuit, peur que la vie ne reprenne pas, peur de la mort intrinsèquement.

Rappelons également que nous disposons d’horloge biologique circadienne et circalunaire.

Si l’on peut comprendre le sens homéopathique de l’abondance au cœur de la nuit, on peut s’interroger de l’évolution moderne de Noel (sans même s’interroger de la fusion récente d’une fête des enfants), en effet, quel sens symbolique peut représenter un cadeau (voire une « obligation » d’en faire ou recevoir) à une époque où l’abondance est de mise et où l’on a pas à se serrer la ceinture toute l’année pour s’offrir une orange de Noël qu’on n’aurait même pas oser manger ?

Il serait intéressant de se reposer les sens profonds de nos rites. La peur de la nuit  a-t-elle disparu parce que nous pouvons éclairer nos nuits désormais, et ne plus voir nos ombres projetées par le feu dans la caverne ? La peur de la vieillesse et de la mort a-t-elle disparu car nous l’occultons collectivement dans notre société et nos divertissements ? Il manque la tête d’un mort présente dans les fêtes romaines pour nous rappeler une vérité fondamentale.

Concernant les rites, je pense qu’ils peuvent nous accompagner parfois dans notre vie. Par exemple je vois mes cours de psoma comme un rite, je consacre du temps toutes les semaines, et je sais que je serai en communion avec d’autres personnes dans une atmosphère positive. Même la méditation est plus bénéfique, car durant ce moment nous vibrons en harmonie. J’ai d’autres rites dans ma vie, mâcher 27 fois avant d’avaler quand je mange un sandwich par exemple. J’essaye de savourer le moment que je passe. Le scientific american a publié un article cette année : « pourquoi les rituels marchent » (et même auprès des personnes qui n’y croient pas) : dans certains cas cela apporte de la confiance (avoir un grigri dans le sport), dans d’autres cela enlève du stress à une situation sur laquelle on ne peut avoir de contrôle (rituel par rapport à des cataclysmes naturels), ou contribue à une thérapie comportementale cognitive (écrire le problème, et détruire le papier) sans parler de la dimension prophétie autoréalisatrice, donner vie à une idée en y pensant.

Bref les rituels peuvent être puissants, par exemple, en tant que thérapeute on peut avoir ses rituels pour se mettre dans le bon état d’esprit avant de recevoir un patient, ne pas se laisser parasiter avec ses petits soucis et être totalement en phase avec la personne qui vient vous voir. Mais il faut savoir ne pas tomber dans le travers des rituels : la coquille vide. A force de pratiquer un rite celui-ci n’a plus de sens où autrement dit on le pratique pour le rituel et non ce qu’il représente.

Autre rituel important l’effet placebo. Il a été constaté qu’il avait les mêmes effets que les personnes ignorent qu’elles prennent un placebo ou en le sachant, certains ont d’ailleurs renommé cet effet le « care effect ». L’attention, considérer. C’est une des dimensions (seulement) de l’effet placebo.

Ou comme dirait Gérard Carton « Être attentionné dans les actes, les paroles, les pensées. Être capable de voir ce que voit l’autre, de ressentir et de comprendre ses besoins, ses attentes, parfois son désespoir, parfois ses joie »

Les réseaux sociaux n’ont pas changé nos interactions humaines, prenez le temps d’échanger avec ceux qui pourraient être seuls ou démunis en cette période. Peut-être est ce cela qu’il faudrait considérer en cette période de dissonance cognitive où l’on abreuve les personnes d’image de chaleur humaine, de partage, et où nombres de personnes se sentent seules, ou sont exclues de l’abondance, Noël est subi, comme une contrainte (de cadeaux…), une obligation (de certains sentiments…) voire un échec pour certaines personnes seules. Comprendre le sens profond des choses, notre peur viscérale de la mort, comment l’être humain s’est développé en tant qu’animal social, en s’entraidant. Savourez votre repas comme un moment de partage avec ceux que vous appréciez si vous êtes à plusieurs, prenez soin de vous et aimez vous si vous êtes tous seul, envoyez un mot à ceux qui se sentent seuls pour leur rappeler que tel n’est pas le cas, savourons la fin de la grande nuit et le retour de Sol Invictus.

Le soleil commence dans nos cœurs.

Source :
Sciences & Avenir : les origines de nos croyances
Why ritual works
PlaceboEffect
Lettre de Gérard Carton