Verbaliser

(image provenant du film Full Metal Jacket)

Comme nous l’avons vu dans de précédents articles, le cerveau s’est développé pour gérer le mouvement, et l’utilisation de la main est associée aux protolanguages. Il nous semble pertinent de nous questionner sur les effets de la verbalisation, sur plusieurs niveaux :

  1. Verbaliser a-t-il le même effet sur les émotions qu’écrire ?
  2. La parole aide-t-elle le geste ?
  3. Verbaliser facilite-t-il un apprentissage ?

Sur le premier point, ce n’est pas tant la verbalisation qui importe en fait (écrite ou orale)… une étude a montré que c’est le timbre de la voix et la voix d’un proche qui ont phénomène réconfortant si on partage une douleur. Une conversation avec une personne proche après un stress peut voir l’augmentation d’ocytocine (hormone associée à des émotions positives, détente…) et donc avoir un effet apaisant ce que ne fera pas une conversation par sms.

Concernant la parole pour aider le geste :

Raphaël Fargier et ses collègues de l’Institut des Sciences cognitives de Lyon ont montré que le fait de dire « attraper » au moment où l’on tend la main vers un objet, puis « déplacer » au moment où l’on déplace l’objet, améliore sensiblement la vitesse et les paramètres d’accélération des mouvements.

Dans certaines thérapies manuelles c’est utilisé par le thérapeute qui exprime ce qu’il fait (se relâcher par exemple) ou demande au patient de répéter une phrase pour aider le travail (« je respire à tel endroit »)

Dernier intérêt : le fait de verbaliser une expérience pour la transmettre. Est-ce que cela est limitatif ou structurant ?

Décrire une sensation ou un geste qu’on essaie d’apprendre réduit souvent la précision de cette sensation et perturbe la mémorisation de ce geste.
Les personnes ayant une très bonne expertise dans la verbalisation (par ex les œnologues) échappent à cet effet. Les profanes y sont plus vulnérables.

Deux types de mémoire, l’une déclarative fondée sur des mots, l’autre procédurale concernant les gestes, semblent entrer en compétition dans certains cas

En conclusion pour la transmission de savoir, peut-on apprendre sans mots ? la réponse n’est pas si simple qu’elle n’apparait : plus nos outils de modélisation sont limités, plus la modélisation est limitée et perturbe l’apprentissage. Cela milite pour avoir des outils de représentation fins, mais qui dépendent des connaissances inhérentes à la personne apprenante et également de compréhension du sujet… ou de passer par un modèle métaphorique pour faire passer l’idée.

Sources FR:
Pour la Science Quand la parole aide le geste
Cerveau & Psycho : Emotions sociales
Triste texto

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