Bio

DSC01942m1024(interviewée réalisée par Systema Syncrétique en été 2013, dans laquelle j’explique mon parcours et démarche, photo : courtoisie de C. Terriou, Cuillins, île de Sye, Ecosse)

Quel a été ton parcours (pratique corporelle et formation scientifique) ?

J’ai commencé le saxophone à 6 ans jusqu’à mes 17 ans, avec un parcours de musique théorique sanctionné d’un diplôme de fin d’études. Cela peut paraitre bizarre que je commence à te parler musique, mais je pense que cela fait partie de mon parcours, je voue une grande passion à la musique, et en fait, la pratique d’un instrument à vent fut ma première expérience corporelle assez intense. On y apprend pas mal de choses que l’on revoit par la suite, le travail long et fastidieux, les gammes, l’exigence, le travail technique, le dépassement de soi et la passion pour atteindre sa liberté. Si on ne prend pas plaisir à ce que l’on fait, on ne pratique pas dans le temps. La colonne d’air et la fusion que l’on a ensuite avec son instrument pour parcourir des harmoniques fut le premier pas vers un travail interne.

Partagé entre mon amour pour la littérature et mon profil épris de sciences, je m’orientais vers des études scientifiques. J’ai eu la grande chance de rencontrer feu André Heslot, qui fut mon enseignant de sciences physiques pendant un an. Une de mes importantes rencontres, un homme passionné et passionnant sur la démarche scientifique, l’histoire des sciences, qui m’a initié à la relativité et à la physique quantique et appris à construire un raisonnement… Je passais des concours et intégrais une école nationale supérieure d’ingénieur orientée modélisation des  structures (mécaniques, mathématiques, informatique).

Lors de cette même période, je me lançais dans l’aventure éditoriale en fondant une maison d’édition associative et une revue littéraire et artistique. Depuis, j’ai dirigé un programme de recherche sur la mobilité qui m’a donné l’occasion de voyager, de travailler avec d’autres cultures et d’envisager les innovations technologiques sous les angles psychologiques (nouveauté et « cerveau reptilien ») et sociétaux (dont l’équilibre vie privée et professionnelle). J’ai fait d’autres formations courtes et je suis désormais économiste dans le domaine de l’efficacité énergétique. J’essaye de toujours travailler sur des sujets qui me passionnent et qui font sens de mon point de vue. Cela nécessite également de se remettre en cause en abordant d’autres champs.

Côté pratique physique, à cause de problèmes de santé et aussi grâce à mon intérêt pour les taoïsmes, je me lançais dans le Taiji Quan style yang à mes 18 ans, auprès de Bertrand Bahurel. Ce fut une pratique intense pendant plusieurs années, tant en cours, qu’à travers une pratique personnelle et de nombreux stages… Cela m’a permis de commencer à régler des problèmes de santé, et m’a ouvert à des champs inconnus pour moi à l’époque : médecine chinoise, qi gong, thérapies manuelles, méditation… Ce fut génial d’aborder la santé par le toucher, car depuis aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours touché les personnes, j’ai toujours eu des « sensations » et les mains chaudes, il y avait des « magnétiseurs » dans ma famille.

Ensuite, parcours un peu triste, de club en club, qui ne m’intéressa pas, trouvant la pratique vide. C’est à cette époque que je rencontrais mon ami David Hesling qui devint mon enseignant de Tan Lang et, par la suite, mon partenaire de recherches, avec qui je m’entrainais quelques heures par semaine pendant des années, en parallèle d’autres pratiques (qinna, wing chun, wushu…). J’ai eu beaucoup de chances, David est un des meilleurs pratiquants que je connaisse, passionné, épuré, ouvert, et un véritable ami, c’est-à-dire bienveillant et sincère, ne te mentant pas par complaisance sur tes forces ou faiblesses, évitant ainsi de s’illusionner… Je conservais  également durant tout ce temps ma pratique du qi gong.
Tu as vécu un grave accident qui t’a fait changer de perspective sur la vie et la pratique corporelle…Peux-tu m’en dire plus ?

Il y a cinq ans, j’ai eu un accident qui restera un peu mystérieux… je ne m’étendrais pas ici sur ce qui est arrivé : déclaré en mort clinique aux personnes présentes, on m’a récupéré au bout de 5 heures (j’étais en déplacement professionnel aux USA) je te laisse imaginer leur état psychologique ainsi que celui de ma compagne d’alors et de ma famille… compte tenu du contexte (privation d’oxygène au cerveau) il a été sous entendu que j’aurais mieux fait de ne pas revenir. J’émerge au bout de deux jours de coma, il paraît que je suis complètement amnésique, que je ne sais même plus parler ma propre langue, en fait, je ne me souviens pas de ce « premier réveil »… mes premiers souvenirs sont postérieurs, je me souviens d’un géant noir au dessus de moi, j’étais dans une grande pièce blanche avec plein de tuyaux et quelque chose n’allait pas. Outre un certain nombre de défaillances, le principal problème c’était mon cerveau. On m’a dit, ne vous inquiétez pas, votre vie va changer, ce n’est pas grave. Quand je parlais je me rendais compte que j’étais très lent et la manière dont on me répondait était encore plus dure pour moi, cela m’a fait pleurer. J’étais considéré comme un esprit brillant, et là j’avais conscience d’être très limité…

Mon ami David ayant fait des recherches me dit par téléphone dans un de mes moments de lucidité de visualiser des exercices que je maitrisais, ce n’était pas grave si je ne pouvais pas bouger. On en pensera ce que l’on voudra, mais au bout de 10 jours je sortais de l’ICU (intensive care unit) et en marchant (bon en titubant pour être honnête et plutôt en chaise roulante). Je repassais un scan cérébral à la sortie, plus rien au scan…

Le retour en France a été dur, choc post traumatique de l’accident, « trou » dans la poitrine, cauchemars… traitement pour limiter l’activité cérébrale, foie défaillant, pneumopathie persistante etc etc… tu rajoutes une année et demi de harcèlement moral au boulot, des amis qui ont disparu du jour au lendemain, et au final la séparation d’avec ma compagne, et disons que la vie a pris un drôle de chemin…

Le plus dur fut pour moi de concilier la personne que j’étais avant, avec tous mes rêves, et la personne que j’étais devenue. Alors qui étais-je vraiment ? J’ai compris que j’avais hérité de nombreuses peurs, de conditionnements, qui avaient eu une influence sur ma vie et ma réalisation en tant qu’Etre… j’ai pris conscience de mes entraves et j’ai commencé un travail en profondeur sur moi.

J’ai eu la chance de faire des rencontres extraordinaire qui m’ont énormément apporté. J’étais dans une configuration où tout se mettait en place. En même temps que je reconstruisais ma vie, mon corps, ma santé, je percevais le monde et les gens différemment. Je voyais le verre à moitié plein, je chantonnais, et même si j’avais des passages sombres, je ressentais ce que dégageaient les personnes, ce qu’elles « vibraient »,  j’absorbais pas mal de choses. J’entrepris des recherches dans les neurosciences, la santé, le corps, la sociologie, psychologie cognitive, l’économie et l’histoire, en parallèle de mon changement de métier et de mode de vie. Je changeais mon alimentation, ma pratique quotidienne, tout ceci fut un lent processus, 3 ans (sur plus de 15 ans de pratiques corporelles). Ce qu’il est important de comprendre, c’est qu’une transition n’est pas nécessairement instantanée et peut durer des années.
Quelles sont tes influences (personnes connues d’abord puis les non visibles) ?

Je pense que nous apprenons de tout le monde, « quand une personne enseigne à une autre, deux personnes apprennent » comme dit le dicton. L’association loi 1901 Recherche Corporelle et Martiale que je lançais m’a permis de faire plein de rencontres enrichissantes de personnes venant de divers environnement (danse, yoga, théâtre, thérapies manuelles, arts martiaux internes, feldenkrais, …).

Il y a beaucoup de fantasmes sur les maitres, parfois entretenus par la barrière linguistique. Un jour une personne croise ton chemin et modifie profondément ta vie, le lendemain c’est toi qui a peut-être un fort impact sur la vie d’un autre, sans même peut être en avoir conscience.

Dans les personnes visibles depuis mon accident : on pourrait citer des auteurs que j’ai lu comme Ramachadran ou Damasio, et les publications sur frontiers(in.com) concernant les neurosciences, Tom Myers, Erik Dalton, Roberto Schleip (et les publications du fascia research congress) concernant le territoire à explorer qu’est notre corps. J’apprécie Thierry Janssen, pour citer un francophone qui a un parcours  intéressant avec une approche holistique de la santé, réconciliant le corps et l’esprit. Ou encore des personnes comme Franklyn Sills qui ont jeté des ponts entre les anciennes pratiques selon les cultures (ayurvedismen, taoisme) et les sciences modernes. Je pourrais citer également tout un tas de conférenciers sur TED(.com), dont certains qui ont vécu des choses extrêmes, qui partagent ce que cela leur a enseigné et comment cela a modifié leur vie.

Ce qui est amusant c’est qu’aujourd’hui, j’ai l’impression que tout ce que j’ai fait prend sa place et que tout nourrit tout. Bon, je vais quand même citer des « maitres » corporels comme c’était le sens de ta question, mais je ne suis pas leur élève, et pour la plupart je n’ai fait que les croiser quelques jours, ensuite le grain, on l’a à moudre pour toute sa vie… Une des plus grosses claques est venue du Systema, d’abord via youtube, puis des DVD de Vasiliev. Le point culminant fut la rencontre avec Mikhail Ryabko et Vladimir Vasiliev. Le compte rendu que j’en fis m’ouvrit de nombreuses portes et permit de nombreuses rencontres par la suite avec des personnes qui vibraient bien, notamment un personnage, notre ami commun, Jean François Morin, qui m’a beaucoup apporté à ce moment. Un mot, un exercice, un touché qui tout à coup te font prendre conscience de mécanismes enfouis en toi. Nous nous sommes vus pourtant très peu de fois, dont quelques rencontres fortuites sur Paris quand nous devions probablement nous revoir.

J’ai rencontré une partie des invités du Leo Tamaki Tour, comme Kono Sensei, qui a une âme de chercheur et dont la démarche me plait. Hino sensei, que je rencontrais vraiment la première fois à ma deuxième rencontre ! En fait, j’étais tellement encore convalescent lorsque je le vis la première fois que je n’étais pas en état de recevoir. Néanmoins, je lui demandais quoi faire si je n’avais que 10 minutes par jour à consacrer à sa pratique. Et j’ai posé cette question à tous ceux que j’ai rencontrés. J’ai fait ce qu’ils m’ont dit. La deuxième fois il m’a repéré dans la foule, il a vu que j’avais compris et est venu me laisser voir et toucher. Cela est intéressant, on te donne en fonction de ce que tu peux recevoir. Le dernier de cette équipée « japonaise » que j’ai trouvé fort chinoise est Akuzawa, dont je suivis la formation instructeur pendant une année.

J’ai également rencontré Allen Pittman que j’avais auparavant interviewé, et c’était rafraichissant. Comme je co-organisais le stage j’ai pu passer pas mal de temps avec lui et sans la barrière de la langue. Un échange riche et un retour aux sources chinoises, avec une réflexion sur la dimension culturelle liée à la pratique.

Citons également Mariane Torrès Chouraki ma formatrice aux points de Knap, ou encore Christian Carini dont je suis  actuellement l’élève dans sa formation en 5 ans sur le toucher, « la main du cœur », pour reprendre le titre de son livre, qui travaille à libérer les mémoires émotionnelles et corporelles traumatiques. Aujourd’hui je m’épanouis dans cette pratique de thérapeute manuel et cette approche respectueuse. Le travail nécessaire à faire sur soi même a évidemment une grande influence. La méditation régulière, l’écoute des corps….

Et pour finir, citons mes parents qui ont traversé des épreuves extrêmement lourdes côté santé, feu ma grand-mère qui a eu une vie à la dure, et qui ont toujours fait face courageusement, tout en s’occupant de leurs enfants. Ce qui est important n’est pas ce que tu as, qui peut être le fruit du hasard, mais comment tu réagis à ce qui t’arrive dans la vie, comment tu te relèves après être tombé.
De la richesse de ton parcours est né ton école, le PSOMA…Pourrais-tu la définir ?

Il est important que l’on s’interroge sur le sens de la pratique. Et sur le sens d’une pratique corporelle au XXIème siècle. Si on prend le yoga, même si c’est grandement une récréation du XXème siècle, disons que la source des asanas c’était la santé pour des moines qui passaient leur temps à apprendre des textes religieux. Nous ne sommes pas des moines, les agressions modernes sont notre alimentation, notre posture assise, le manque d’exercice, la surstimulation, les agressions psychologiques…. Notre mode de vie a évolué, il faut donc faire évoluer notre pratique pour garder l’équilibre. C’est une homéostasie du corps et de l’esprit : mais aujourd’hui il y a un divorce, il nous faut nous réconcilier avec nous-mêmes pour nous réconcilier avec autrui. PSOMA c’est cela, Le corps (soma) permet de travailler sur l’esprit (psi) et inversement.

Avec les avancées dans plusieurs champs de recherche, nous pouvons démystifier les fantasmes culturels, le mystico-gélatineux, et aborder sereinement une pratique qui nous permette d’atteindre l’homéostasie, l’harmonie, quel que soit notre âge, notre état initial, en prenant en compte le temps qu’on peut y consacrer avec nos modes de vie. En même temps, c’est une démarche personnelle, nous sommes tous différents et nous avons besoin chacun de choses différentes pour trouver notre équilibre, c’est cela le psoma, prendre conscience de soi et travailler sur soi, à travers, le corps et l’esprit.

J’essaye d’aider les personnes dans leur propre chemin, en les rendant autonomes. Il y a un dicton qui dit : « le yoga c’est l’art d’accepter les conséquences de devenir soi même ». En travaillant sur soi on se réalise.


Comment est structuré ta méthode, quelles en sont les étapes ?

Prendre conscience de notre corps : proprioception, intéroception, nociception. Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes. Comprendre la démarche que nous mettons en place. On comprend intuitivement qu’une personne faible et molle ne va pas travailler de la même façon qu’une personne forte et rigide. Je donne des bases d’anatomie, j’essaye de faire le lien avec d’autres modèles de représentation du corps si cela parle plus à certains, mais au final c’est toujours la même chose : on va gentiment redresser le corps, aligner et ouvrir les diaphragmes, travailler sur la respiration, l’axe cranio sacré. On va renforcer les points faibles, et redonner de la mobilité/motilité aux points bloqués. On va délier le corps pour « faire couler », connecter le « ciel et la terre ». Nous allons voir des outils globaux (qi gong) qui permettent de voir le corps dans sa globalité, et nous allons regarder des routines spécifiques pour des parties du corps. Ensuite 80% des problèmes viennent de 20% des causes comme dirait la règle de Pareto, une fois la cause identifiée, chacun va se focaliser sur celle-ci et les progrès seront plus rapides que de vouloir tout faire d’un coup.

Sur l’intensité de la pratique, il y a eu un buzz récemment sur une méthode en 7 minutes, on comprendra aisément ce que j’en pense si on m’a suivi. Il n’y a pas UNE méthode, elle doit être adaptée pour l’histoire, le corps et la psychologie de chacun. Et si on en arrive à justifier la motivation d’une activité sur la durée qu’on peut y consacrer, on n’a rien compris. Très peu de personnes travaillent dans la contrainte toute leur vie. Si l’on pratique toute sa vie c’est qu’on y prend du plaisir. C’est cela qui est important, comment travailler sur soi même sans se provoquer des lésions (pratiques répétitives) tout en gardant du plaisir. La diversité de la pratique est importante.

Le corpus se décline en 4 parties : une partie théorique d’anatomie, un travail en solo de réappropriation corporelle (qi gong, marches animales, marches, exercices au sol, asanas, massues indiennes…), un travail à deux ou plusieurs (contraintes ou jeux), et de la méditation.

Le travail à deux, indépendamment du jeu, permet de prendre conscience de pas mal de choses. L’interaction de notre sphère personnelle avec autrui, nos propres tensions. Rien qu’en touchant l’autre, je vais avoir des informations… sur moi ! On va également beaucoup apprendre sur nos  propres peurs et nos colères. Si on se fait entraver, on va se rendre compte que c’est nous même qui nous bloquons.

Ce que j’enseigne c’est de trouver l’équilibre, l’homéostasie même dans une situation inconfortable, de prendre conscience de ce que l’on ne voit pas, du lien entre diverses parties qui ne semblent pas connectées, à priori. Bien entendu, pour des personnes qui recherchent uniquement la martialité, ce ne serait pas suffisant, il faudrait rajouter un corpus technique et de la stratégie, mais ce n’est pas le cœur de mon enseignement. On travaille sur soi, pour trouver la liberté en soi.

La méditation et la visualisation sont tout aussi importantes que le travail physique. D’une part, il est important de trouver un moyen de diminuer la tension dans la cafetière, car nous avons tendance à trop en mettre là haut… et d’autre part, la visualisation, c’est un moyen d’utiliser le super calculateur de mouvement qu’est le cerveau pour considérer d’autres chemins.

Quelle est ton idée de l’enseignement ?

Vaste question… tu connais le dicton sur l’insanité : « répéter jour après jour la même recette en espérant avoir des résultats différents »… Cela peut paraitre évident, mais cela ne l’est pas tant que cela, j’enseigne ce que je pratique. Bien entendu je créé des marches pour que la pratique reste accessible à tous,  quel que soit le contexte (aussi bien en voyage qu’en costume cravate !). Je plante des graines, des métaphores qui ne prendront sens que plus tard, mais comme à la fin, on retourne au début…

Mon enseignement n’est pas un conditionnement, je forme des pratiquants-chercheurs, je donne une base complète, ensuite chacun doit trouver sa solution, et travaillera selon ses besoins et aspirations. Nous sommes tous différents, nos histoires, nos psychologies, nos corps et systèmes nerveux, nos forces et faiblesses, nos moteurs également sont différents. Quand les personnes arrivent, je ne souhaite pas qu’elles deviennent des clones, si elles progressent, ont le sourire, prennent du plaisir et que cela a un impact positif sur leur vie, c’est génial.

Au niveau de ma démarche, soyons clairs, au XXIème siècle, nous avons déjà pas mal d’outils pour optimiser la transmission, grâce aux neuro-sciences et à la psychologie cognitive, aux thérapies comportementales et à la rééducation, à la méditation, à la visualisation… Nous avons  aujourd’hui un nouvel éclairage sur le fait de transmettre ou non des modèles : la verbalisation, les métaphores… ce que sont les neurones miroirs, les mécanismes de stress et d’apprentissage, l’importance du toucher pour la proprioception…

Ensuite mon enseignement est assez limité et donc vaste ! Comme je ne m’intéresse qu’à des fondamentaux, on les retrouve partout, et cela permet de varier les plaisirs; que la pratique reste ludique, créative, de voir si on a réellement compris en jetant des ponts ou en se confrontant à l’inconnu. Et puis, fondamentalement, tu ne sais pas où ni comment les personnes vont avoir un déclic, alors varier les méthodes est un plus indéniable, ce qui te parle ne parlera pas forcément à ton voisin. De plus, selon l’âge et les goûts, cela permet de se faire son programme à soi, une fois qu’on a compris ce qu’on recherchait.

Dans les cours tu me verras aussi bien avec des planches d’anatomie de Vésale, que celles de Myers ou de Biel, un stylo à la main sur le tableau pour expliquer ce que nous travaillons et pourquoi, ensuite je ferai toucher pour qu’on intègre où cela se passe et pour finir on passera à des exercices de yoga ou Qi Gong pour pouvoir le travailler seul. On travaillera aussi bien le 8 du docteur Yayama, le célèbre oncologue, revu à notre sauce, que les exercices allemands du fascia-fitness, d’ailleurs, j’ai offert une balle de tennis à tous mes élèves au premier cours.

Bien entendu je passe beaucoup de temps à préparer la structure de mes cours, mais je reste ouvert à la manière dont cela se passe, car ça reste interactif, un cours. Dans la partie purement physique, on travaille également le mouvement et la contrainte, autant pour la partie psycho-émotionnelle, que pour développer ce qu’on appelle le « corps connecté ».

Je vois le PSOMA comme le pendant des thérapies manuelles, d’ailleurs j’invite mes élèves à faire une séance ou un cycle pour rééquilibrer le corps, cela peut permettre de gagner du temps et d’aider à sa propre compréhension. Et moi qui suis un grand adepte de la « reconnexion » à la nature, les japonais diraient « shinrin-yoku » ou bain de nature, psoma c’est aussi cela, se reconnecter à soi-même, à la nature, à autrui.

 

Quelle est l’importance de la pratique corporelle dans le monde d’aujourd’hui?

Notre intention seule est capable de changer le monde. Vraiment. Après le suicide de mon directeur l’année dernière ainsi que d’autres évènements, j’ai fait une dépression. J’avais perdu goût et voyait tout en noir (cette absence de couleur a par ailleurs a été confirmée par une étude sur la dépression, ce n’est pas une vue de l’esprit!). Enorme contraste, puisqu’auparavant je rayonnais, à tel point que, pour la première fois de ma vie, des demoiselles sont venus me donner leur numéro de téléphone dans le métro. Toi qui t’intéresse à la loi de l’attraction, cette anecdote rappelle que l’on n’attire pas ce que l’on veut mais ce que l’on est.

Si tu changes ton point de vue, réellement, le monde change également. Nous vivons une époque merveilleuse, et lorsque l’on s’intéresse à la psychologie cognitive, on comprend que l’on a tendance à donner plus d’importance aux informations négatives; notre futur s’écrit maintenant.

Je digresse, mais pour en revenir à la pratique, il s’agit, en définitive, de se libérer de conditionnements que nous avons reçu en héritage, et arrêter de se mentir à soi-même. Une des explications du grand mal être sociétal est probablement la grande dissonance cognitive dans laquelle nous vivons, entre le monde tel qu’on nous le raconte, et le monde tel qu’on le vit : un divorce entre notre corps, notre esprit et notre lien à la nature. Il faut arriver à un nouveau seuil de conscience.

Et pour cela il est nécessaire d’avoir du courage, ce qui conduit souvent au chemin de la solitude : Anah Arendt, Snowden pour ne citer qu’eux. Se dédier à son art, c’est Boulgakov: écrire sans être joué ou publié. La pratique, c’est la même chose, lorsque tu cesses de te mentir à toi même, que ton corps et ton esprit arrêtent de se faire la guerre, tu as réalisé un travail sur toi, et peux envisager d’interagir avec le monde différemment et positivement. Tu peux ainsi percevoir que ton corps te parle et te dit ce qui est bon ou mauvais pour toi. Cela impacte ta manière de vivre, de concevoir le monde.
Ainsi, j’essaye d’apporter ma pièce à l’édifice. Mais je ne vais pas te mentir, je doute souvent. Je sais qu’il faut parfois laisser couler et lâcher prise, malheureusement certains jours, lorsque la fatigue est présente, c’est considérablement difficile. Depuis mon accident la vie n’a pas été simple et joyeuse tous les jours, mais in fine, j’ai pu faire de belles rencontres et ai vécu intensément. Il y a une phrase d’Elisabeth Kübler-Ross que j’apprécie beaucoup, et ce sera les mots de la fin: « les gens sont comme des vitraux. Ils brillent sous la lumière du soleil, mais c’est dans l’obscurité que leur véritable beauté se révèle, quand seule demeure leur lumière intérieure. »

2 réflexions au sujet de « Bio »

  1. Parfois dans la vie on fait des rencontre qui nous donne un déclic change quelque chose en nous. Rien que de lire l’explication de methode donne envie de decouvrire plus.

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